R comme Rebelle...

 

" Rebelle et soumise

et les yeux baissés

ôte ta chemise

belle fiancée… "

Jean Ferrat ( L’amour est cerise )

 

Là où, si nous nous étions conformés aux codes stricts en vigueur dans notre " milieu ", nous aurions du écrire " Dominateur " et " soumise ", nous avons choisi, nous, de poster les lettres G (comme Guide ) et aujourd’hui R (comme Rebelle)…

Pourquoi ? Parce que nous avons toujours voulu aller à l’essentiel des choses et que ces codes nous les avons toujours regardés de très loin…

Le milieu SM se construit, hélas, sur eux et s’en nourrit…tant et si bien qu’à trop en vivre, il finirait par en crever !

Combien de faux dominateurs croisés ici et là, " maîtres " de rien, affichant seulement leur " distinction " par le vêtement de cuir, la cravache passée à la ceinture, hantant les soirées à la recherche d’une "occasion"…

Combien de fausses soumises dans les clubs, très jeunes femmes habillées par Catanzaro, à la plastique irréprochable, qui viennent poser là comme pour la photo, et qui entre un ragot et un autre sur les dernières nouvelles, prennent un air prodigieusement boudeur et ennuyé pour recevoir en bâillant presque dix coups de martinet très mous assénés par quelque dominateur " célèbre " venu lui aussi dans ces lieux en parade…

Et enfin combien de couples et de femmes plus mâtures qui ont suivi leur mari là, comme elles l’auraient fait dans un club échangiste, sans aucune conviction mais parce que c’est très branché et qu’il en avait tellement envie ! Elles s’asseyent dans les fauteuils de velours pourpre et observent…pas plus !

Tous ceux-la, hommes et femmes, se complaisent dans la sphère du paraître et non de l’être.

Encore heureux quand ils n’y vont pas de leur commentaire face aux couples qui " jouent " vraiment !

Ce n’est pas le cuir qui fait le " Maître ", pas plus que la blondeur méchée par Christophe Robin ne fait la soumise…Ces gens-là pourtant, à première vue, respectent le code.

Alors, fi du code et vive l’authenticité !

Mais, penserez-vous alors, une soumise, c’est quoi ? Et bien tout, sauf une potiche…

La soumise est d’emblée, une femme en rébellion, car il en faut du courage pour affirmer (à soi-même déjà) que l’on a cette tendance…Entre parenthèses, .../ TROIS LIGNES CENSUREES/...

Car une soumise est avant tout un être comme tous les autres, avec, en plus, cette " tendance "- la…

Une femme en rébellion donc face au mode de vie qu’impose la société aux femmes : mariée, deux enfants et le chien…Ce qu’on nomme, dans le jargon SM, des amours " vanille "…

Pour en arriver à vivre sa soumission, elle a dû faire abstraction de tout cela, refuser les notions inculquées dès l’enfance pour se reconnaître dans le miroir de ses fantasmes, pour aborder les rivages de sa vérité.

La vraie soumise est généralement une femme exerçant des responsabilités, brillante, cultivée, bien dans sa peau… Loin de la traditionnelle image de la névrosée qui cherche à expier sous les coups nous ne savons quelle blessure enfantine, comme le vrai Maître n’est pas un individu qui s’est construit sur la sourde haine des femmes, réglant on ne sait quels comptes avec des figures de gorgones, dragons de sa vie passée…

La vraie relation D/s (Domination/soumission, pardon pour cette note explicative, sourire) se construit de part et d’autre sur le respect, la complicité, l’attention prodigieuse, infinie à l’autre…

Donner, partager, recevoir : tel est notre seul credo à nous, celui qui définit, qui fonde la relation du Maître et de sa soumise…Il est tel parce qu’elle l’a reconnu parmi tous les autres, lui conférant par cela même son titre de " Maître " et qu’elle s’est entièrement donnée, que lui a su recevoir, qu’ensemble ils partagent.

Comme vous le voyez, ce n’est, ni plus ni moins, que la définition de l’amour absolu que nous donnons là. Et nous pensons que c’est dans cette forme de relation que l’amour absolu est le plus à même de s’exprimer mais ceci n’engage ici que nous.

Nous comprenons qu’il est bien difficile pour la plupart des gens de comprendre comment l’amour peut passer par la douleur, celle que l’on réclame, celle qu’on inflige…Il nous revient qu'il y a quelques années, une " Marche du siècle " à la télévision, fut consacrée aux sexualités divergentes, avec quatre reportages ( l’amour entre ados, l’amour du 4ème âge, l’échangisme et le sado-masochisme) et un grand témoin, le philosophe Michel Serres (que nous admirons).

Celui-ci, à la fin de l’émission, déclara qu’il pouvait tout comprendre sauf le sado-masochisme parce qu’il ne comprenait pas la violence... Pour une fois, Michel Serres mettait à côté de la plaque car il n’y a aucune violence dans le SM.

Violence, selon la définition du Robert = agir sur quelqu’un contre sa volonté. Or, chez les pratiquants de notre " milieu " la première fondation du lien est le consentement.

Souvenez-vous de ce qui est écrit entre les lignes ou dans la préface de la fameuse " Histoire d’O " : le bonheur dans l’esclavage ! Paradoxe extrême vécu en général par des femmes tout à fait en harmonie avec elles-mêmes, évoluant dans des secteurs qui bougent, élevant leurs enfants ni mieux ni plus mal que les autres.

Précisons tout de même au passage qu ‘ " Histoire d’O " n’est pas pour nous la Bible, le texte fondateur…Nous le citons ici parce qu’il est connu de tous et que là au moins nous sommes certains de proposer un point de référence commune à tous ici, nous pratiquants et ceux qui ne connaissent notre " milieu " que par ouï-dire.

La soumise se donne donc dans le désir de se trouver, mais pour faire cette recherche, elle a besoin du Guide…Il n’est d’amoureux plus attentionné qu’un vrai Maître…Il sait être attentif à vous de la racine de vos cheveux à vos ongles de pieds…Il a le don de connaître vos désirs les plus fous, les plus enfouis, il les révèle, il les imprime, il fait de vous ce que vous êtes "pour de vrai"… La soumise et lui se sont trouvés, se sont reconnus, ils feront route ensemble et leurs amours seront riches et non-répétitives.

Vous vous demanderez sans doute en quoi la douleur fait ce miracle…Vous serez peut-être choqués par les instruments, les liens, les fouets… Ils ont curieusement peu d’importance en fait et ne servent qu’à " théâtraliser " les choses à la manière d’une métaphore: c’est dans le symbolique que tout se joue. La soumise en progressant à chaque fois, en dépassant ce qu’elle pensait être ses limites offre au Maître un cadeau d’amour sans prix ; le Maître qui sans égoïsme aucun l’amène vers les fantasmes secrets qu’elle porte en elle la réalise et la libère…Et oui, se soumettre c’est être libre et soumettre c’est libérer !

Le " rôle " le plus dur n’étant pas celui que l’on croit : ce n’est pas celle qui souffre qui a le plus de difficulté mais celui qui mène le jeu, ce " Maître " qui se doit de tout " maîtriser " pour ne pas trahir la confiance dont il est le garant.

Dans une relation de ce type réussie, le " Maître " met en scène aussi bien sûr ses propres fantasmes mais il saura les faire coller à ceux de sa soumise, il les lui insufflera, non pas en la conditionnant de façon machiavélique, mais en l’amenant à se découvrir à travers eux…Dans la douleur voulue, la soumise se transcende comme dans une petite bulle et devient hyper-consciente d'elle-même et de l’autre. C’est pour cela qu’on parle souvent de plaisir cérébral pour évoquer le SM.

En fait le Maître fait re-naître la soumise, il lui donne un second souffle et les cris qui parfois peuvent être entendus au cours d’une " séance " (encore le sabir SM pour un moment d’amour) pourraient quasiment être comparés à ceux du premier instant de notre vie…

Naître est la première douleur, la première déchirure et c’est pourtant elle qui amène au jour et à la vie…Le SM a un peu de ça…D’où le terme de Guide !

Et la rebelle dans tout ça ? Et bien, les vrais Maîtres ne recherchent jamais de soumises-serpillières… Ils sont en quête de femmes réactives, opposantes, qui sauront aller de l’avant, suggérer.

Ils les trouvent dans les rebelles du quotidien, ces femmes qui savent dire non à toute idée reçue, toute forme de pensée unique, tout modèle imposé…Ces femmes qui, à les connaître bien, sont souvent de vraies femmes engagées qui ne renient pas pour autant leur féminin secret.

Aurora adore Léo Ferré, elle est féministe, militante de gauche très active…Son Amour participe aux mêmes combats depuis toujours…

Ils se connaissaient de toute éternité et ont su dès leur premier soir qu’ils s’étaient trouvés…De toute façon, ils sont, l’un et l’autre des atypiques et pourtant de vrais pratiquants.

Aurora arbore avec autant de fierté les drapeaux de ses luttes que les marques que laisse la badine sur ses fesses rougies et son Guide est aussi fier de l’une que de l’autre des facettes d’Aurora car il sait qu’il n’y en a qu’une en fait : celle du libre choix…

Soumission et rébellion sont inséparables, SM et Amour aussi.

Ceux de notre " milieu " qui viendraient vous affirmer le contraire sont à classer dans les personnes que nous avons définies au début de ce texte.

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