CHOISIR MES CHAINES

    

 

 

 

C’est la vie sociale toute entière qui est basée sur les rapports de domination et de soumission . J’entends social au sens le plus large.

Commençons tout en haut : qu’est-ce qu’en fait que le droit de vote ? Une parodie, une illusion d’être acteur de son pays mais en fait c’est un quitus accordé à X pour x années pendant lesquelles il ne viendra plus nous reconsulter et qu’il fera pour nous, en notre nom, des choses que nous sommes censés avoir désirées en l’élisant…Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps de cette voix qui clamait que " la rue ne gouverne pas ".

Chaque jour, obéir aux instructions du chef de bureau sans pouvoir les remettre en cause... Le coup d’œil appuyé sur la montre pour dix minutes de retard.

Dominés-Soumis !

Nos parents, enfants, amis, leurs chantages affectifs répétés… " Comment ça, tu ne viendras pas pour Noël ? ".

Au sein de grand nombre de couples, l’un qui prend très vite le pas sur l’autre, le vampirise littéralement…

Ah ! Tous ces ménages qui vous disent avec orgueil " Nous pensons toujours la même chose… " et nous qui revoyons, un peu nostalgiques, dans le mari l’étudiant des barricades qui a épousé et sa femme et les idées de celle-ci, et qui passe avec elle toutes ses soirées devant les programmes lénifiants de la télé, le mari qui n’a plus de pensée perso du tout et qui est devenu un brave type…comme on dit.

Et ces autres ménages où la violence s’exerce, de cris en pleurs, de disputes en chantages et en mesquineries quotidiennes…

Dominés-Soumis !

Et puis à l’inverse, la domination que nous pouvons exercer nous-mêmes si nous sommes le chef de bureau abusif, la bourgeoise parfaite etc.…

Tous dominés d'un côté et soumis de l'autre dans la même journée.

Alors un havre au moins …Un tout petit havre de paix, une pause…

L’image que vous voyez plus haut ne représente qu’un simple tatouage esthétique de "chaînes" mais pour moi, elle est une métaphore.

Jamais M… et moi ne cherchons à prendre le "leadership" l’un sur l’autre au quotidien. Nous ne " vivons " pas SM, comme diraient certains…

Nous ne "pratiquons" pas lorsque nous sommes d'humeur maussade ou coléreuse l'un envers l'autre: le "jeu"ne doit pas être le miroir d'un état d'âme vengeur.

Le désir seulement, la recherche du plaisir nous motivent... Apporter à l'autre ce qu'il demande et toujours, curieusement, pour choisir l'instant propice de notre "mise en scène", nos esprits sont au diapason.

Il m’arrive parfois de venir déposer devant M... mon trop plein de rébellion face à la soumission que certains voudraient exiger de moi dans ma vie courante ou de " jouer " le jeu des chaînes comme une soupape à la domination que je suis obligée d’utiliser moi-même certains jours, dans mon métier par exemple…

Un exutoire, alors, penserez-vous.

Oui, un exutoire parfois. Attention! Je n'ai pas dit toujours!

Un exutoire...

Mais la sexualité dans ses aspects obscurs n’est-elle pas quelquefois cela dans la vie ?

Songez au cinéma "scandaleux" des années 70.

Le sexe comme exutoire contre l’horreur de la mort dans " Le dernier tango à Paris " de Bertolucci ou dans " Clair de femme " de Costa-Gavras…

Le sexe comme exutoire ludique et anti-social comme dans " La grande bouffe " de Ferreri...

Le sexe comme exutoire contre la censure à travers le tableau de l'Inquisition brossé dans "Les diables" de Ken Russel...

Choisir mes chaînes.

Oui, il m'arrive, paradoxalement de te réclamer des chaînes, et des vraies, pour ressentir ma liberté.

Abandonner en ta présence tous mes rôles et te demander de m’aider à être moi, à n’être justement plus que moi…

Nous sommes seuls.

M’oublier, me laisser aller doucement.

Le bruit des chaînes tout d’abord. Puis le froid de l’acier, son poids aussi tandis que les chaînes enserrent ma taille, font le tour de mes seins, rejoignent mes poignets en passant par mon dos…

La chaleur de tes doigts qui disposent de moi tandis que tu m’enfermes avec toi dans un instant qui n’appartient pas au monde mais à nous seulement.

Ne me parle pas, laisse moi demeurer muette, entrer en moi, dans ma bulle, n’entendre que tes pas autour de moi, que ton souffle qui me caresse aussi.

Je sais que toi aussi, ce faisant, tu te libères comme moi des pressions qui sont sur toi.

Cela me bouleverse, je sens combien tu m’aimes, j’éprouve dans ma chair à quel point je t’aime aussi…

Je ne te vois pas mais je sais ton regard : je sais comment tu me regardes, je sens comme ma peau suffit pour te parler. A sa façon de réagir, tu serreras plus ou moins fermement ton ouvrage amoureux de métal…

Et j’en garderai moi, après, pendant quelques heures, inscrite sur mon corps, comme la marque d’un tatouage…