TROIS TEXTES DE RENE CHAR... LUS L'UN APRES L'AUTRE, ILS RACONTENT L'HISTOIRE...

 

Centon

Vous recherchez mon point faible, ma faille ? Sa découverte vous permettrait de m’avoir à merci ? Mais, assaillant, ne voyez-vous pas que je suis un crible et que votre peu de cervelle sèche parmi mes rayons expirés ?

Je n’ai ni chaud, ni froid : je gouverne. Cependant n’allongez pas trop la main vers le sceptre de mon pouvoir. Il glace, il brûle…Vous en éventeriez la sensation.

J’aime, je capture et je rends à quelqu’un. Je suis dard et j’abreuve de lumière le prisonnier de la fleur. Tels sont mes contradictions, mes services.

En ce temps, je souriais au monde et le monde me souriait. En ce temps qui ne fut jamais et que je lis dans la poussière.

Ceux qui regardent souffrir le lion dans sa cage pourrissent dans la mémoire du lion.

Un roi qu’un coureur de chimère rattrape, je lui souhaite d’en mourir.

 

Cette fumée qui nous portait

Cette fumée qui nous portait était sœur du bâton qui dérange la pierre et du nuage qui ouvre le ciel. Elle n’avait pas mépris de nous, nous prenait tels que nous étions, minces ruisseaux nourris de désarroi et d’espérance, avec un verrou aux mâchoires et une montagne dans le regard.

 

La liberté

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.

Elle passa les grèves machinales ; elle passa les cimes éventrées.

Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l’alcool du bourreau.

Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.

D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue, cygne sur la blessure, par cette ligne blanche.