TENDRESSE ET S.M.

 

 

 

 

"L'OFFENSIVE SM" (en guise de clin d'oeil à Konsstrukt qui, lui, saura pourquoi!).

 

Voici une virulente critique du SM " in "…

Elle n’est pas de nous mais nous y souscrivons quasiment en totalité. Vous y retrouverez même quelques idées clichés fort en vogue dans le monde de Monsieur X.

Le texte original est disponible sur : http://monsite.wanadoo.fr/bateman/page5.html

L'OFFENSIVE SM (JUIN 2002)


BDSM est un accronyme qui regroupe différents types de relations impliquant à un degré variable un échange de pouvoir entre les partenaires :
.. BD : Bondage et Discipline
.. DS : Domination et Soumission
.. SM : Sadisme et Masochisme
Cris et toussotements
Il est des glissements syntaxiques qui valent que l’on s’y arrête un instant. Par les temps qui courent, on ne pratique plus le sm… On est sm. On appartient dorénavant à la grande famille bondage-sado-maso, elle-même éclatée en sous-catégories aux limites bien franches : fétichiste, esclave, soumis des trois sexes, domina ou domino. Ici, tout est identifié. Ensuite, eh bien tous les goûts sont dans la nature, et l’on respecte la pluralité des courants dans le petit milieu, un peu comme au parti socialiste. Untel est plutôt " bondage ", celui-là adepte de la cravache, mais les amateurs de liens de soie et les accros aux menottes sont les bienvenus… Le respect avant tout, nous dit-on… Vous servirez son dîner à votre soumise dans son écuelle, certes, mais uniquement des produits bios. A chacun de négocier avec ses partenaires, d’exprimer clairement ce qu’il aime, ses préférences, à chacun de fixer ses limites… On ne vous demande tout de même pas de vous livrer pieds et poings liés…
Droits de l’hommisme oblige, on n’échappe pas non plus au couplet moralisateur sur la pédophilie, ni aux interventions lénifiantes sur le respect mutuel, sans lequel tout le bidule ressemblerait un peu trop à une vulgaire perversion, nous sommes bien d’accord. Ici on est entre gens de bonne compagnie, on s’horrifie des tournantes dans les caves banlieusardes, là-bas, à des années lumières... Prière de ne pas confondre, donc, nous sommes parmi la nouvelle élite, pas chez les salauds de pauvres…
Certes, il est amusant de mettre sa soumise aux enchères dans les soirées privées organisées par les clubs en vogue, mais tout ça dans le respect de la personne, cela va de soi(e). Le maître mot est " consentement ". Tout ce petit monde vit donc sa vie en bonne intelligence, porté par une unique et inébranlable certitude, celle de son appartenance à la caste supérieure…
Nietzsche à la rescousse
Parce qu’évidemment, qui d’autre pouvait-on ressortir du placard pour donner son vernis intellectuel à des pratiques que n’importe quel étudiant en psycho saurait identifier comme l’expression de pulsions basiques ? Lui. Et sa morale du troupeau. Et son mythe du sur-homme. Lorsqu’ils évoquent leurs envies ou leurs pratiques, les sm sont touchants, pittoresques à la limite. Mais dès qu’ils se mettent en tête d’ériger leurs goûts en art de vivre, la dialectique rappelle en subtilité la charge des divisions de panzers en Pologne. Ou comment transformer à peu de frais une déviance respectable en supériorité clanique absolument trendy (on ne dit pas clanique, pardon, on dit un particularisme de plus) ! On s’estime heureux lorsque l’on n’essaie pas de nous faire avaler n’importe quoi à force de contorsions sémantiques : " Le dominant n'est rien sans un(e) soumis(e) à dresser et si par mauvaise fortune le soumis ou la soumise s'en va le dominant n'existe plus, il se retrouvera comme n’importe quel pauvre célibataire ! ", affirme sans rire une candidate à la soumission…
Pour le reste, lorsque vous serez au charbon, aucune inquiétude : moyennant un dress-code convenable (cuir, latex, vinyl, uniformes et bizarre ( ?) obligatoires) des pros sauront vous accueillir à bras ouverts (convivialité) et veilleront à assurer l’ambiance cosy (confort) et détendue (respect). Teintures de bon goût aux murs, musique feutrée et parole onctueuse de l’ecclésiastique mondain, main de fer dans gant de velours… C’est tout de même étonnant ce que les traders fusillés par le krasch du nasdaq peuvent inventer pour se remonter le moral…
On cherche les écrivains de la famille
N’empêche, le bdsm tarde à contaminer la littérature, qui sait pourtant se montrer bonne fille à l’égard des minorités conquérantes : de la famille homo (Chroniques de San Francisco, la moitié des jeunes romanciers américains) de la famille échangiste (tout Houellebecq, le navrant best seller des exploits sportifs de Catherine M) et même du psycho killer à tendance sadique (Brett Easton Ellis). Mais là, la vague se brise, et l’on cale quelque peu. A peine Philippe Djian consacre-t-il quelques pages hilarantes au bondage (Vers chez les blancs). Mais justement, l’auteur s’amuse sans complexe avec les pratiques shiribati. La chair est gaie et le sexe joyeux chez Djian (délicieuse et loufoque, la scène où le narrateur saucissonne une jeune fille avant de lui glisser délicatement les oreillettes de walkman dans les oreilles pour lui rendre le temps moins long)…
Et c’est là que blesse le bas, précisément. Parce que dans la famille bdsm, on fait les choses sérieusement, on n’est pas là pour rigoler… Pour le reste, R.A.S., un vide angoissant en dehors d’une poignée d’albums photos qui feraient doucement se marrer David Hamilton. Et puis quelques mémoires et témoignages de soumis écris avec les pieds dans le style roboratif d’Histoire d’O et publiés à compte d’auteur… Mais rien qui ressemble de près ou de loin à de la vie ou à de la chair…Serait-on déjà dans le consumérisme ? Dommage. Pour le plaisir, voici tout le même le texte de quatrième de couverture d’un essai rédigé par une domina bien connue dans la famille, paraît-il : Authentique dominatrice, Gala Fur nous initie dans son livre aux pratiques SM les plus insolites. Il faut dire que Gala Fur est une femme perverse, qui aime vraiment ce qu'elle fait subir à ses patients (c’est moi qui souligne) des deux sexes. Dans son livre, elle nous restitue avec un art consommé et une sincérité désarmante l'ambiance de ses séances les plus mémorables.
Désarmant, en effet…
Cuir Métal J’achète…
Les sociologues et les naturalistes nous expliqueront un jour qu’une mode ne déboule pas par hasard, nous causeront au sujet du sm de la désappropriation des corps, de l’expulsion de la mort dans nos sociétés de consommation. Nous rappelleront que les déviances expulsées de l’intimité à la lumière du jour ne deviennent pas autre chose que des phénomènes de mode, vidés d’entrée de jeu de leur charge corrosive. Bref, ils dénoueront les liens, si l’on peut dire. C’est leur travail.
En revanche, côté merchandising, ça cartonne déjà sec… Boîtes SM, revues sm, magasins sm, pullulement de sites sm, piercing à tous les étages, soirées thématiques, concours nationaux de fessées (si, si, on ne l’invente pas !). Avec tout ce qu’on nous propose, ce serait à désespérer si on ne décidaient pas dans l’instant de transformer la salle de jeux du petit en " donjon " suréquipé. Dans n’importe que lycée chic, les petites nanas dont le fessier n’a jamais expérimenté le doux sifflement de la cravache maîtrisent fort bien " le look sm " avant d’avoir même présenté leur bachot. Et sur la toile, il faudra bientôt slalomer entre les forums dédiés au bdsm pour espérer causer d’autre chose… De quoi se demander si tout ce déballage ne relèverait pas tout simplement d’une ruse de l’ultra libéralisme pour occuper le bourgeois bohême. Encore faut-il être en état de se demander…