LE D DE B.D.S.M. (post du 11/8/03)
LE D DE B.D.S.M.

Si l’on s’en tient strictement à la lettre et vu que le terme " BDSM " nous vient des Etats-Unis et n’a que quelques années d’utilisation chez nous, alors le " D " veut dire " Discipline ".
Tiens, je m’aperçois que je viens de me lancer dans le post qui me sera sans doute le plus difficile parce que je pense qu’il y a sur ce terme-la presque autant d’interprétations possibles qu’il y a de personnes qui " pratiquent ". Disons pour faire court que le " D " de " Discipline " pour beaucoup, serait avantageusement remplacé par le " O " de " Obéissance ".
Certains " pratiquent " en réfutant le terme de " jeu " : ils appellent leur façon d’être " vivre SM " Ils ont donc un univers extrêmement codifié, bien souvent régi par un contrat passé entre les deux partenaires à l’image de celui du livre de Sacher Masoch " La Vénus à la fourrure ".
Ainsi l’un des couples les plus connus du SM français, possédant un site web de référence fonctionne au moyen d’un carnet de punitions : chaque jour L. y note ce en quoi elle a désobéi aux obligations assignées dans le fameux contrat et à la fin de la semaine, Maître N. choisit la punition adéquate.
Bon, moi, j’avoue qu’avec tout le respect que je leur dois, ce carnet me fait plutôt sourire ; ça peut donner par exemple :
-lundi : j’ai oublié d’aller chercher une lettre recommandée à la poste comme mon Maître me l’avait demandé.
-mardi : j’ai traîné toute la journée en pantalon alors que le port de ce vêtement m’est interdit.
-mercredi : je ne me suis pas levée avant mon Maître pour lui préparer son petit déjeuner.
-jeudi : je ne suis pas allée à mon rendez-vous pour une épilation totale parce qu’il pleuvait et que c’est mon Maître qui avait la voiture.
Etc
Avec à la clé à la fin de la semaine cinquante coups du martinet blanc ( ?), celui qui marque le plus.
Bon, pourquoi pas ?
Pour d’autres, des gens plus éloignés qui vivent leur relation à distance, cela revêtira la forme du " tous les jours à 18 h 45, tu t’agenouilleras un quart d’heure sur une règle dans l’obscurité en pensant à moi "
C’est un cas de domination quasi virtuelle mais là encore pourquoi ne pas penser que cérébralement les deux y trouvent leur compte, que c’est leur manière d’être ensemble ?
Je sais que pour le profane tout cela apparaît comme ridicule.
Je le sais d’autant plus que précisément, je ne " vis " pas " SM ". Je pratique dans un esprit de " jeu " amoureux avant tout, amoureux surtout. Je ne m’épile pas entièrement, je porte des pantalons, je n’ai pas de rite quotidien Je vivrais très mal que l’on me donne un ordre qui irait à l’encontre de ce que je suis.
Alors, c’est quoi que je mets dans le " D " de discipline, moi ?
Seulement, mais c’est déjà beaucoup, ma forme de fidélité à ce que nous sommes M et moi
Ne pas trahir notre façon de voir le SM, qui est de ne jamais mélanger les pratiques et les petites mésententes du vécu.
Valider à chaque fois dans le jeu mon appartenance à M , dépasser ma peur qui est omniprésente lorsque nous " pratiquons " pour la laisser aboutir, déboucher sur la confiance
Accepter d’être " conduite ", " guidée " (pas contrainte) vers des pas que je ne voulais pas faire à priori et qui deviennent possibles au fil du temps
En fin de compte, une certaine discipline, oui, mais envers moi-même et ce que je suis ou ce que je voudrais devenir dans ce cadre-là Mais encore une fois, ce cadre-là étant tout simplement une autre manière de concevoir l’amour, un tout petit peu plus exigeante que la moyenne, rejoignant le titre célèbre d’Ovide pour transformer le ressenti amoureux et érotique en un " art d ‘aimer ".